Sylvie DOSSOU : Quand les rêves défient les préjugés
8 mars 2026
Sylvie DOSSOU, Conductrice de véhicule administratif
Dans les vacarmes des moteurs, entre les départs tôt le matin et les arrivées tardives, rares sont celles qui s’imposent derrière un volant dans un métier longtemps considéré comme celui des hommes. Mais Sylvie Dossou, Conductrice de véhicule administratif au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), fait partie de ces femmes dont la présence, la ténacité et la passion ouvre la voie à toute une génération. Son histoire, elle la raconte avec simplicité, mais chaque détail révèle une détermination hors du commun.
Tout commence dans les années 80, à Ouidah. À la sortie de l’école, un jour comme tant d’autres, Sylvie, cette collégienne en classe de quatrième, aperçut une femme au volant d’un taxi ville. C’était une image rare, presque spectaculaire à cette époque.
« Quand je voyais cette dame conduire un taxi, ça m’a motivée. J’ai dit à ma maman : c’est comme elle que je veux devenir. »
Chaque fois qu'elle recroise cette dame, sa motivation se renforce. Et ce geste ordinaire, une femme conduisant, deviendra pour elle une source d’inspiration.
Puis surviennent les années blanches de 1988, bouleversant la scolarité de milliers d’élèves béninois. Mais pour Sylvie, ce moment de rupture devient une opportunité. Elle choisit de quitter les bancs et de prendre son destin en main. Elle confie son rêve à sa mère, celui d’abandonner ses autres activités pour devenir chauffeur. La réponse de sa génitrice fut immédiate et tranchante : « Comment tu vas devenir chauffeur ? Chauffeur, c'est pour les hommes. »
Mais Sylvie n’en démord pas. Guidée par le souvenir de la dame conductrice de taxi, elle part seule à la recherche d'un patron chauffeur pour apprendre le métier. Elle trouva quelqu’un dans son entourage, le convainc de la prendre comme apprentie. Avec une audace rare pour son âge, elle ramène ce patron chez ses parents pour prouver son sérieux à sa famille. Devant tant de détermination, sa mère finit par accepter et signer les engagements. L'aventure commence.
Sylvie DOSSOU, une passionnée de la conduite de véhicule
De l'apprentie à la professionnelle
Sylvie ne ménage pas ses efforts. Elle apprend, observe, et maîtrise la route. En 1993, la consécration arrive. Elle obtient son permis de conduire, puis s’impose.
« Je faisais le trajet Cotonou-Lomé, souvent dans la même journée. C’était dur, mais j’aimais ce travail. », raconte-t-elle.
Pendant près de huit ans, elle exerce comme chauffeur de taxi dans le privé, forgeant son expérience sur le terrain.
En 2001, sa carrière prend un tournant institutionnel. Elle réussit un test de recrutement pour devenir chauffeur dans l’administration publique. Peu après, elle intègre le ministère de l'Énergie via un projet. Elle y restera 11 ans, jusqu'en 2018, accumulant les kilomètres et l'expérience, tout en gardant dans un coin de sa tête le rêve d'intégrer un jour de grandes organisations internationales comme le Système des Nations Unies.
Être une femme dans un univers presque exclusivement masculin n'est pas sans défis. Sylvie raconte les regards, les doutes, et parfois le mépris. Il faut une carapace solide pour affronter ceux qui pensent qu'une femme n'a pas sa place derrière un volant professionnel.
Souvent, la société questionne la capacité d'une femme chauffeur à gérer sa vie personnelle. Comment concilier les missions, les déplacements dans le Nord profond, et la vie de famille ? Pour Sylvie, la réponse est simple : c'est une question d'organisation, comme pour n'importe quel cadre.
Elle compare volontiers sa situation à celle d'une directrice de cabinet : si des femmes à des postes de haute responsabilité peuvent voyager et gérer un foyer, pourquoi pas elle ? Sylvie a su construire sa vie de famille sans sacrifier sa passion, prouvant que l'équilibre est possible quand on s'en donne les moyens.
Le respect de l’égalité de genre
La persévérance de Sylvie finit par payer. Malgré les obstacles liés aux diplômes académiques, les découragements de ses proches, qui lui répètent qu’elle n’a pas assez étudié, qu’elle doit avoir le baccalauréat, son expertise au volant lui ouvre les portes du système des Nations Unies. Elle commence au Programme Alimentaire Mondial (PAM) en tant de Conductrice de véhicule administratif, rejoint ensuite l'UNOPS, pour finalement atterrir au PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement), où elle appuie depuis 2 ans le Projet d’appui aux Etudes Prospectives et de Renforcement du Cadre de planification (PEPRCP) au Ministère du Développement.
Sylvie confie qu’au sein des Nations Unies, elle ne se sent plus "une femme chauffeur", mais une professionnelle respectée à part entière. La hiérarchie s'efface au profit de la compétence et du respect mutuel. « C’est comme si on était cadres aussi, comme les autres. On est les mêmes », touchée par ce respect de l’égalité de genre.
Forte de son parcours, Sylvie prodigue quelques conseils, à la nouvelle génération : « Ne laissez personne définir ce que vous pouvez ou ne pouvez pas faire. Qu'il s'agisse de conduire ou de tout autre domaine traditionnellement masculin, la barrière n'existe que dans les esprits ».
Elle invite les jeunes filles à s'engager, à aimer ce qu'elles font et à se respecter dans leurs décisions. Pour elle, la passion est la clé de la réussite et de l'épanouissement. « Il n'y a pas un métier qui est spécial pour la femme comme pour l'homme. Tout métier, la femme peut aussi le faire », ajoute-t-elle.
Sylvie rêve d’un monde professionnel, à l'horizon 2060 au Bénin, où la parité sera naturelle et incontestée. « On ne parlera plus de ces métiers réservés aux hommes. S'il y a cinquante hommes, il y aura cinquante femmes aussi. »